Monsieur le Ministre,

J’ai l’honneur d’attirer votre attention sur la situation dramatique que connaissent les salariés de la SA Desvres (Pas-de-Calais) confrontés à la décision du groupe Koramic dont elle est filiale, de fermer le site de production de Longfossé et de supprimer plus de 60 emplois.

Entreprise de fabrication de carrelages muraux et de sols, la SA Desvres produit chaque année 1.800.000 m2 de carrelage.

Elle est partie intégrante d’une industrie faïencière et céramique en perdition, la Drire Nord – Pas-de-Calais soulignant déjà en juin 2006 dans une étude consacrée à la zone d’emploi du Boulonnais, que « Desvres est aujourd’hui le dernier centre de production de céramique du Nord – Pas-de-Calais ».

Une demande de commission d’enquête parlementaire sur la situation de l’industrie faïencière et céramique du Nord – Pas-de-Calais, sur les moyens de son maintien et de son développement est en cours de dépôt à l’Assemblée nationale, à mon initiative.

Mais au-delà des enjeux qui s’y attachent, préservation d’entreprises et d’emplois, de savoir-faire et de brevets dont l’intersyndicale de la SA Desvres signale le risque qu’ils quittent à terme « la France pour devenir la propriété de capitaux étrangers », il y a l’urgence prioritaire de la fermeture de l’usine de production de Longfossé et du sauvetage des emplois.

Un plan social est annoncé, mais un chèque ce n’est pas un emploi. Des dispositions sont prises pour liquider l’entreprise, délocaliser la production sur la Turquie notamment, démonter tout ce qui peut l’être du parc machines … Ce dépeçage scandaleux est intolérable, de même que le sort réservé aux salariés et aux familles dans un Boulonnais dont le taux de chômage est passé de 11,5 % fin 2008 à 13 % fin 2009. Et quelles conséquences pour les collectivités locales concernées, les activités économiques et commerciales liées à la vie de cette entreprise ?

La SA Desvres est filiale du groupe belge Koramic lui-même intégré au groupe autrichien Wienerberger.

Wienerberger c’est en 2007, si mes informations sont exactes près de 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires ; plus de 260 unités de production dans 26 pays du monde et plus de 15.000 salariés.

Numéro 1 mondial de la brique de structure, n° 1 européen de la brique de façade, n° 2 européen de la tuile de terre cuite, Wienerberger a les épaules qu’il faut pour faire face. Et de même sa filiale Koramic elle aussi à la tête d’un groupe d’entreprises solides disposant de positions fortes.

J’en suis d’autant persuadé que les informations recueillies tant auprès des salariés et de leurs représentants que publiées dans la presse font état d’une tenue positive des carnets de commande. Pas de chômage technique dans l’entreprise en 2009, c’est dans un Nord – Pas-de-Calais où l’industrie a recouru en masse à ces dispositifs, un signe plutôt favorable de bonne santé.

L’urgence, je le répète, est de voir intervenir votre ministère pour bloquer les procédures en cours.

Il serait inacceptable qu’une affaire qui se caractérise par délocalisation de production à l’étranger, liquidation d’un site et casse de plus de 60 emplois passe, comme on dit, comme une lettre à la Poste.

L’affaire est grave et symbolique de ce que peut et doit être l’intervention du gouvernement pour préserver nos atouts industriels, nos compétences et les salariés.

Je vous remercie de me faire connaître quelles suites vous entendez donner pour que le 1er février, jour d’annonce du plan social aux personnels, soit un jour de résistance aux politiques opportunistes et aux appétits financiers de groupes multinationaux, au lieu d’être un jour d’abdication supplémentaire devant l’exigence de la course au profit.

Je vous prie de recevoir, Monsieur le Ministre, l’assurance de ma haute considération.

Alain BOCQUET

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