Monsieur le Président,

Voici un an presque jour pour jour, vous annonciez en terre du Nord – Pas-de-Calais un plan de soutien et de relance de l’économie.

Aux aides apportées sans contrôle au système bancaire et boursier venaient s’agglomérer de nouveaux milliards d’euros dont le secteur de l’automobile et ses grands donneurs d’ordres allaient être largement attributaires.

Un an plus tard et par-delà les discours du gouvernement, la crise demeure présente, brutale, impitoyable au monde du travail ainsi qu’en témoignent les 52.400 victimes supplémentaires, basculant pour le seul mois d’octobre, dans l’enfer du chômage.

A l’autre bout de l’échelle sociale, groupes multinationaux et grands noms de la finance française et internationale annoncent, eux, de fabuleux profits.

En France comme aux Etats-Unis où les 23 plus grands acteurs de la finance engrangeront cette année 437 Milliards de dollars de bénéfices, pulvérisant au passage le record de 2007, tout va pour le mieux au royaume de la spéculation boursière.

Les règles de fonctionnement du système capitaliste que vous vous faisiez fort de bousculer et de réformer dans votre discours de Toulon, fin 2008, s’appliquent aujourd’hui avec le même cynisme qu’hier au service des mêmes intérêts, ainsi que l’illustre – c’est le plus récent scandale mais ce n’est pas le seul – le « salaire » intolérable (on parle de 2 milliards d’euros) octroyé au nouveau Président d’EDF, avec l’aval de François Fillon, Premier Ministre.

Mais n’ont pas changé non plus les « principes » mis en œuvre au sein de l’économie réelle, particulièrement dans le secteur de l’industrie où, plus que jamais, tout est bon pour satisfaire l’exigence de rentabilité des actionnaires.

Délocalisations, liquidation de personnels intérimaires, licenciements boursiers, réductions « stratégiques » des volumes de production, chômage partiel, pressions sur les salariés … aucun effort n’est épargné dans la course au profit, sans que représentants de l’Etat en Région, ni parlementaires de la majorité présidentielle, ni ministres du gouvernement n’y trouvent à redire et ne soufflent mot !

Les salariés du monde de l’automobile sont directement frappés, à l’exemple de ceux de Sevelnord dans le bassin valenciennois. Un bassin où, faut-il le rappeler, l’implantation de cette industrie avait été obtenue de haute lutte par le monde du travail, après la liquidation de notre sidérurgie par les barons de l’acier et de l’Europe ultralibérale.

Quelques 1100 emplois rayés des cadres en un an à Sevelnord, c’est-à-dire plus d’un salarié sur quatre dont 750 intérimaires … Cela n’empêche pas la direction de l’entreprise et celle de PSA de peindre l’avenir en rose. Mais l’avenir, PSA qui a redressé ses comptes avec le prêt de plus de 3 Milliards d’euros d’argent public, le situe plutôt en Chine où le groupe ouvre une nouvelle usine au moment même où il annonce la liquidation de 6.000 emplois en France.

Six mille emplois : l’équivalent de 10 % de ses effectifs, sur le territoire national ! Votre silence et celui du gouvernement sont assourdissants devant de tels diktats alors qu’il serait du rôle du gouvernement de demander des comptes à ceux qui mettent à profit l’argent public pour brader l’emploi, et qu’il faudrait légiférer pour interdire les licenciements boursiers.

Nul doute qu’à quelques jours à peine des fêtes de fin d’année, ouvriers, techniciens et personnels de l’industrie automobile française apprécieront que les fonds publics, c’est-à-dire l’argent des contribuables, mobilisé à votre initiative en faveur du grand patronat de l’automobile, ait payé leurs propres licenciements et permis de nouveaux investissements … en Chine.

La vocation industrielle du Nord – Pas-de-Calais s’est de tout temps, appuyée sur la détermination du monde du travail de nos bassins d’emplois, sur les savoirs-faire exemplaires des salariés, sur l’innovation technologique nécessitée par un haut niveau de production et favorisée par des investissements utiles, créateurs d’activité et d’emplois.

Les cadeaux, subventions, exonérations, cautions, prêts et mesures de défiscalisation en tous genres accordés sans contrôle à un patronat d’affairistes, accompagnent et accélèrent l’explosion du chômage et de la précarité, la disparition de l’industrie singulièrement dans notre région. Qu’attendez-vous pour donner au contraire un signal fort en engageant et soutenant des investissements productifs favorables à l’ensemble des secteurs de notre économie régionale ?

Il n’y a pas de fatalité aux reculs dont Pôle emploi et l’Insee mesurent l’ampleur mois après mois.

La richesse de l’économie française, créée par le travail des hommes est considérable. Vous l’utilisez aujourd’hui à faire payer la crise par ceux qui en sont les victimes, et au profit de ceux qui en sont responsables.

Cette richesse peut donc et doit être, mise au service des atouts qui sont les nôtres, au service de l’emploi, du développement de l’innovation et de la recherche, de la formation et de l’insertion des jeunes, au service enfin de mieux-être de tous les habitants du Nord – Pas-de-Calais.

Soyez assuré de la volonté des salariés et population du Nord – Pas-de-Calais de se mobiliser pour défendre le droit au travail, l’emploi, les salaires et l’avenir industriel et économique de nos territoires.

Je vous prie de recevoir, Monsieur le Président, l’assurance de ma haute considération.

Alain BOCQUET

Ecrire une réponse